ELNA GRASSHOPPER

Je vous ai présenté précédemment mes deux ELNA SUPERMATIC de 1954 et 1958. Aujourd’hui, je tiens à vous présenter une nouvelle acquisition: une ELNA GRASSHOPPER.

 

PETITE HISTOIRE

A Bordeaux, tous les 6 mois, nous avons une brocante qui s’installe sur la place des Quinconces. Il m’est arrivé de trouver des petits objets, de la dentelle anglaise, de vieux magasines. Mais ces derniers temps, assez déçue des éditions précédentes, je ne pensais pas y retourner.

Un jeudi après-midi du mois de novembre, mon barbu est passé par cette fameuse brocante, qui ouvrait tout juste ses portes. Il pris un objet en photo et me l’envoya par sms. Il demanda le prix de cet objet, qui était alors bien exagéré. Malgré cela, cet objet m’obsèda de longues heures, jusqu’au moment où je décidais, un midi, d’aller garer mes 4 roues dans le parking à proximité. Cet objet pèse son poids, et le ramener à pied à la maison eut été une pure utopie! Mais faut il encore qu’il soit toujours présent sur le stand à mon arrivée. Mon esprit était alors focalisé sur l’objet. Connaissant le prix demandé la veille, je me donnais une limite à ne pas dépasser.

Je prévenais donc mon tendre barbu de mon délire à venir. Ce dernier entrepris de venir me retrouver et de braver le mauvais temps, afin de m’aider à trouver ce fameux stand. Il le retrouva assez rapidement, même si il émit quelques doutes. Ceux-ci furent rapidement dissipés lorsque je vis la petite malette verte protégée des intempéries, sous une table. Je demandais alors aux responsables si cela était bien une machine à coudre. Le monsieur me répondit positivement, et accepta bien volontiers de me la sortir et de l’ouvrir. Elle était donc là. Son vert spécifique me plu immédiatement. Sa forme rudimentaire m’intéressait plus que tout. Je demandais à la dame si elle avait le transformateur, mais il manquait.

Je demandais donc le prix. On m’annonça immédiatement le prix que je m’étais fixé, soit 40€ de moins que le premier spécifié, ce qui était plus raisonnable que la veille! Je n’ai pas négocié. Elle m’apprit ensuite que c’était une machine de sa maman, qu’elle avait hésité à mettre en vente. Astuce de brocanteur? Quoi qu’il arrive, ces machines ont une histoire, et c’est ce qui me plait. Celle-ci contient des traces d’usage et d’usure mais elle est dans un état de conservation incroyable.

Nous sommes repartis avec mon butin en direction de la maison, trop pressée d’apprendre à la connaître et de la découvrir. C’est ainsi qu’une nouvelle ELNA, nommée ELNA 1 (ou GRASSHOPPER), est venue rejoindre les premières, même si aujourd’hui il ne m’en reste plus qu’une sur les deux présentées dans le dernier post.

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Je vous avoue que je ne sais pas par où commencer pour vous la présenter tant je suis excitée.

AU COMMENCEMENT

Comme indiqué dans mon post précédent, j’avais entrepris des recherches sur le type, sur l’histoire de la marque ELNA, car j’aime connaitre les objets que j’utilise. C’est ainsi que j’avais découvert le site de Needlebar.org, qui nous apprenait que cette machine fut lancée à la Foire industrielle de Bâle. Elle fut développée par un ingénieur espagnol, le Dr Robert Ramon Casas [émigré en suisse en raison de la guerre civile d’Espagne (1936-1939)], en association avec Tavaro SA (fabricant de mécanismes de précision pour l’industrie d’armement).

HISTORIQUE

Le manuel d’utilisation de l’ELNA 2 souligne les grandes nouveautés qui faisaient l’objet de ce modèle, son aîné, nouveautés relayées par les publicités de l’époque. Le manuel fait alors état du développement de cette machine sur la base des excellentes expériences faites avec le premier modèle lancé en 1940. Cela faisait directement référence au modèle qui nous occupe, l’ELNA 1. Mais nous y reviendrons ultérieurement.

 

Le modèle ELNA 1 serait le tout premier modèle électrique français, proposé pour une machine domestique. Nous sommes alors en pleine seconde guerre mondiale, dès 1940. Ce serait aussi la première machine à bras-libre.

DATATION

J’ai alors entamé mon cycle archéologique afin de pouvoir la dater, ce qui a une grande importance pour moi. C’est par le site de Thierry Hacquard (à voir ici), que j’ai pu obtenir des éléments intéressants, afin de me permettre de « lire » cette machine. Lorsqu’on soulève la plaque noire sur le côté, juste au dessus de la courroie, cela nous permet de voir un poinçonnement. Pour cette GRASSHOPPER, il y est indiqué « 05.51 » , ce qui signifie qu’elle daterait vraisemblablement de mai 1951. J’aurais ainsi une première réponse. Vous ne le voyez pas forcément très bien sur la photo ci-dessous, mais elle illustre l’endroit de cette inscription, juste au dessus de la courroie. (Si si je vous assure, vous pouvez zoomer).

Ce modèle a été produit de 1940 à 1952. Celle-ci a donc été produite après la seconde guerre, et fait ainsi partie des toutes dernières à sortir d’usine.

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Un autre poinçonnement apparait sous le capot de visite haut, celui là même qui nous permet d’accéder à la lubrification de la machine. Il s’agit du numéro de série : 1 376 001 – avec pour autre inscription, INCA 2706.

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Enfin, un dernier élément non moins important apparait en sous face de la machine, ce que le blog de Thierry Hacquard cité plus en avant m’a appris. Il s’agit de la date de vente de la machine. Elle est ainsi indiquée par un tampon daté et apposé sous l’ensemble. Il semblerait donc que celle-ci ait été vendue le 6 juin 1951. Ce qui apparait logique vis-à-vis de la date de sortie.

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AVANCEES TECHNOLOGIQUES

Cette machine marquait un grand pas en avant car elle rompait avec les modèles précédents. Comme je l’ai dit précédemment, et qui était énoncé dans le manuel d’utilisation de l’ELNA 2, elle présentait les nouveautés suivantes:

Le bras libre, qui donnait la possibilité de « racommodage des bas et chaussettes, manches et autres parties de vêtements ».

La malette transformable en table de travail, qui était unique en cette période. Bien souvent, elle était vendue comme ayant une « table de travail spacieuse », atout important.

Le moteur intégré, ce qui n’était pas le cas de beaucoup de machine à cette époque puisqu’elles avaient été conçues pour beaucoup avec un balancier. Il s’agissait dans la plupart des cas d’ajouter un moteur externe afin de transformer la machine déjà en place dans le foyer, et de l’adapter aux nouveaux besoins. Le balancier empêchait jusque là le côté léger et transportable. La plupart étaient vendues jusque là comme des meubles intégrés au foyer de la ménagère, a contrario, celles-ci avaient pour argument de vente la facilité de transport. Cette époque marqua ainsi l’arrivée de machines légères et transportables, grâce au choix de matières légères, mais très résistantes. Le moteur est donc ici intégré. Vous le verrez ci-dessous, à l’arrière de la machine. Elle a une petite grille d’aération sur le côté, et le branchement électrique derrière.

Elle est directement alimentée dans son moteur déporté, en 110V. Un transformateur est indispensable. Petit rappel, le passage au 220V s’est fait à partir de 1960. Cette machine datant de 1951, il est logique que le 220V n’apparaisse pas encore.

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La lampe entièrement encastrée permettait une « lumière agréable, éclairant toute la surface de couture ».

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A tout ceci, nous pouvons ajouter la canette horizontale, qui était un autre de ses atouts. Il était souligné le fait qu’elle était  « facile à changer, sans enlever l’ouvrage ».

Un autre point qui marquait sa différence était sa couleur qui pouvait la rendre inhabituelle. En effet elle était verte, ce qui, il me semble, n’était  pas courant, mais représente assez bien la marque ELNA, comme vous l’avez peut-être vu pour l’ELNA SUPERMATIC dans mon post précédent. Les publicités indiquaient alors qu’elle était « d’une agréable couleur verte, reposante pour les yeux ».

Cette machine est à manier avec un bras ou un levier avec le genoux, pas avec une pédale. Elle fonctionne comme l’ELNA 2 (cf. le post précédent).

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ACCESSOIRES

La boîte d’accessoires a son propre emplacement. Elle se situe juste a l’arrière du bras libre, avec ses petits pieds qui viennent se caler dans les réservations  prévues  à cet effet. Je n’ai pas le séparateur intérieur comme j’ai pû voir sur d’autres machines, mais elle est tout de même assez complète. Cette boîte est métallique.

Il existe de même quelques accessoires complémentaires, comme le réducteur de vitesse, mais je ne l’ai pas. Normalement, il est placé au droit de l’axe que vous voyez ci-dessous.

LE TRANSPORT

La malette a plusieurs particularités. Non seulement elle sert de malette de transport, mais elle fait aussi office de table de travail. Comme nous l’avons dit plus tôt, l’aspect transportable des machines de l’époque se développe alors. Ces machines autrefois activées par un balancier se dotent d’outils plus légers tel que le levier dans le cas présent. Ainsi, cette machine peut se glisser toute entière dans une malette, et être emportée où la ménagère le souhaite.

L’ouverture de cette mallette se fait sur le côté, par deux petits boutons sur lesquels il suffit d’appuyer. Il faut ensuite soulever le capot, verticalement, pour s’emparer de la machine et la retirer. Tout ceci est très bien expliqué dans le manuel ci-dessous.

Afin de transformer la mallette en plan de travail, il suffit de la retourner et de la positionner à plat sur la table. Ensuite, il est nécessaire de rabattre le volet sur la moitié de la mallette et de glisser le tout sous le bras libre. On obtient ainsi une table de travail agréable et spacieuse.

USAGE

Le bobinage de la canette se fait au droit de la courroie, sur l’arbre du moteur. Je n’aurais jamais deviné cette manipulation sans le manuel.

La canette se situe sous le pied de biche, avec un accès sur le dessus.

Cette machine est d’une élégance très fine. Elle sort des habituelles machines art nouveau, noires et dorées. Elle arbore son vert (armé) et un chrome qui rappelle celui des automobiles. La face sur le côté en est une parfaite illustration.

La longueur du point se règle par la petite manette située sur le dessus.

La molette située en avant de la machine permet d’executer la couture en marche avant et de positionner la manette sur la longueur de point correspondante. Le tout permet aussi une couture en marche arrière.

Contrairement à l’ELNA 2, celle-ci ne proposait à l’époque qu’un seul emplacement pour la bobine de fil. Vous remarquerez son petit patin permettant de protéger la bobine.

Sur le dessus, vous remarquerez l’interrupteur de la petite lumière intégrée juste en dessous.

LUBRIFICATION

Avant tous travaux de couture, il y a toute une manipulation à réaliser. Pour se faire, le manuel donne les différents points de graissage, indiqué en rouge sur la machine, comme vous pouvez le constater ci-dessous. C’est un joli point de détail, non seulement car ce sont les deux couleurs complémentaires, mais aussi parce que soixante six ans après, la peinture est toujours présente! Ici, ce sont les quatre points qui sont à graisser. J’ai aussi pu remarquer qu’il est nécessaire de mettre quelques gouttes de pétrole dans une des fentes de la navette.

Il est assez joli de lire les recommandations pour le traitement de la machine en hiver. Il est recommandé, afin que notre ELNA travaille comme en été, avec sa vitesse normale, de l’entreposer un certain temps dans une chambre chaude avant de nous en servir. L’huile amassée et figée reprendra alors son pouvoir lubrifiant. Intéressant non? Cela nous indique un peu du mode de vie de l’époque! Je l’imagine dans les maisons pré années 1950. Mais je ne ferai pas un cours d’architecture ici, même si ça me démange de faire des parallèles. Pour en revenir à notre sujet, cette machine étant totalement transportable, elle peut par conséquent être rangée n’importe où.

LE MANUEL D’UTILISATION

Depuis le début, je fais beaucoup référence au manuel d’utilisation. Il est vrai que c’est plutôt utile de l’avoir, pour la simple et bonne raison qu’il apprend à dompter la petite machine. Je le trouve tout particulièrement croquignolet. Il est parfaitement féminin.  Je le vois bien dans les mains de ces jeunes femmes des années 1940, 1950, à la taille fine et la jupe midi. Cela correspond peut être à un stéréotype dans ma tête, mais il n’empêche, j’adore.

LES ACCESSOIRES

Ma petite boîte d’accessoires contient quelques éléments tels que le tournevis d’origine, une petite clé (?) et deux canettes. Elle contient, de gauche à droite: le pied de biche (pour tous travaux de couture simple), le pied de biche articulé (pour tous travaux de couture simple, et surtout ceux comprenant des épaisseurs différentes), le pied à repriser, le pied ourleur. J’ai ainsi tous les pieds de base.

En conclusion, vous l’aurez compris, je suis totalement conquise par cette petite machine. Elle a été très surprenante lors de l’essai, tant elle est douce et silencieuse. Il me tarde de l’utiliser à sa juste valeur et que l’on apprenne à se connaître elle et moi.